Triomphe de la surveillance

Tous connectés, chacun chez soi

Un article original publié sur le blog Place Assise en Juillet 2013. Le voici désormais publié uniquement sur Prescripteurs !

Mise à jour : alors que les donneurs d’alarme comme Snowden ont fait des émules, rendez-vous sur http://gocomics.typepad.com/tomthedancingbugblog/ pour entr’aperçevoir sous forme de BD les dangers de tels systèmes de surveillance mondiale.

La surveillance n’est rien : c’est ce qu’on en fait

Tout le monde s’offusque des programmes de surveillance globales comme Prism, et/ou leurs prédécesseurs Carnivore, Echelon, etc

On sait maintenant que tout est stocké, et le principal danger réside dans cette capacité de mémoire (« tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous ») couplée à un traitement de l’information ad hoc, en fonction des besoins. Recouper les informations, par exemple.

Les fans de Facebook voient le danger dans les inter-relation entre réseaux d’amis, et tandis que le mur de tout-un-chacun se remplit de messages ressemblant plus ou moins à ça :

  • Paul mange une tarte qu’il a préparé avec les fruits du jardin
  • Sophie est bien arrivée sur son lieu de villégiature
  • Kevin aime la photo de la tarte de Paul
  • Jérémie relance la pétition contre la privatisation des semences
  • Babette partage une application FB, c’est un jeu
  • Tonton publie un petit mot pour la famille
  • Chacun commente plus ou moins les publications de l’autre

Dans les faits, tout le monde s’espionne déjà. Ce qui est appelé « partage » sur un réseau social n’est autre qu du voyeurisme entre amis. Au bout d’un moment d’ailleurs, beaucoup s’en lasse, vite écœurés par la petitesse, l’étroitesse du monde des Autres. Chacun essaie de présenter son plus beau profil, sa vision projetée de la famille idéale, du couple parfait, mais passé le charme de la découverte des réseaux sociaux, n’est-ce pas pathétique ? Et surtout, très hypocrite. Commentaires, mentions j’aime, on a l’impression que la tarte de Paul est un chef d’œuvre digne de figurer au guide Michelin… Bref, consommer du dématérialisé, c’est déjà espionner…

L’humain au cœur

Comme les 10 dernières années de progression technologique ont installé internet au cœur des foyers, il est risible de constater ce déni propre à l’individu, qui condamne la surveillance à grande échelle tout en utilisant une partie des même moyens pour son propre usage (surveillance vidéo de sa maison pilotée via internet, applications domotiques, réseaux sociaux, etc).

En faisant de chaque individu un bourreau en puissance, cette transformation de la société implique chacun d’entre nous, malheureusement sur un mode d’utilisation trop proche de la consommation, qui retire toute notion d’éducation ou d’interaction véritable. A ce sujet, le choix pathétique des mentions sur Facebook ou Youtube (j’aime / j’aime pas) laisse peu de champ à la richesse des échanges. Mais plutôt que de ne pas s’embarquer dans une communication trop limitée, l’humain se lance dans l’échange… Sans doute attiré avant tout par l’aspect instantané…

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